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195. Le Kaefferkopf est Grand Cru

lundi 29 janvier 2007.
 



Le Kaefferkopf enfin classé en AOC Alsace Grand Cru :


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Photo du Kaefferkopf
Les lettres du c ?l ?bre terroir s’ ?l ?vent au milieu du coteau.

La nouvelle est fraîche. Après des décennies de débats, parfois très animés, d’espoirs, de craintes, de sueurs, le Journal Officiel du 14 janvier 2007 a publié le décret reconnaissant en AOC Alsace Grand Cru Contrôlée le fameux Kaefferkopf, ce mythique terroir alsacien, mondialement réputé, délimité par voie judiciaire en 1932, soit 40 ans avant la naissance des autres Grands Crus d’Alsace. Les Grands Crus se voient donc dotés d’un 51ème terroir (tient, ce chiffre me fait penser à une autre boisson alcoolisée...).

Seule ombre au tableau : Nous sommes les seuls producteurs à revendiquer sur ce terroir du Muscat, cépage « pas à la mode ». L’INAO a donc décidé de ne pas retenir ce cépage dans la liste des cépages autorisés pour ce 51ème Grand Cru, sous prétexte de « simplification de l’offre pour le consommateur !! ». Un comble quand on sait que les 50 autres Grands Crus ont eu dans leur décret le cépage Muscat de facto, alors qu’il n’y a même pas la moindre goutte produite dans certains de ces terroirs !! Le Pinot Gris, cépage à la mode, essentiellement planté les dernières années dans le Kaefferkopf a été reconnu, notre Muscat revendiqué depuis 1972 sans exception est par contre passé à la trappe.

Qu’importe, notre parcelle de Muscat Kaefferkopf continuera à produire de Grands Vins et à nous régaler. Car même sans ce Grand Cépage Alsacien, le Kaefferkopf mérite enfin ses lettres de noblesse, les vins produits sur ce terroir depuis des générations nous le démontrent tous les ans.

Pour en savoir plus sur le Kaefferkopf

Notre petite exploitation viticole de 7 hectares se voit donc dotée à présent de 1.5 ha de Grands Crus (Kaefferkopf, Schlossberg et Wineck-Schlossberg), relayés par d’excellents lieux-dits de coteaux s’étalant sur 2 ha (Hinterburg, Hinterberg et Sonnenberg).


Nouvelles de la Cave, les millésimes 2005 et 2006 :


Durant cette année passée, nous avons eu le plaisir d’élever les Grands Vins de ce splendide Millésime 2005. De formidables vins secs et moelleux, d’une matière inouïe, résultats d’une arrière saison à la fois fraîche et ensoleillée, telle que l’Alsace les aime. Une belle gamme de vins secs, vinifiés et élevés sans soufre et mis en bouteilles sans aucune filtration. De véritables vins de raisins.

Quant à 2006, ce ne fut pas la même affaire. L’histoire s’annonçait plutôt bien, nos vignes ayant bien supporté la canicule de juillet et le froid, la pluie d’août. Et puis, patatrac, au lieu de l’été indien tant attendu, nous avons vécu une véritable période de mousson. Le ciel nous tombait sur la tête. Un quart des précipitations annuelles en quelques jours, sur un raisin mûr. Des températures estivales. Papa, après 45 ans de métier n’a jamais vu cela. Résultat : on a jamais vendangé aussi tôt, même pas en 2003 !!

On a recruté une grosse équipe de vendangeurs, vendangé le jour, la nuit, le week-end... Pour trier, sélectionner, presser en douceur et extraire le meilleur. Quand le beau temps est revenu, ne restaient que les plus belles parcelles, les Kaefferkopf et autres Grands Crus, indifférents aux caprices de la météo, avec lesquels nous avons élaborés des Vins secs de très belles matières et de superbes Vendanges Tardives et Sélections de Grains Nobles.

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Grappe de Muscat d’Alsace Rose Kaefferkopf Vendanges Tardives 2006
Une grappe de Muscat Kaefferkopf Vendanges Tardives 2006, o ? une superbe pourriture noble s’est install ?e, malgr ? la pluviom ?trie exceptionnellement ?lev ?e du mill ?sime. Une preuve de l’excellence de ce terroir et de la symbiose du Muscat avec ce terroir. Dommage que ces grappes ne pourront jamais pr ?tendre ? l’Appellation Grand Cru... (voir article ci-dessus). (Photo Magazine Saveurs)

Aujourd’hui, les vins fermentent allègrement en cave, se goûtent très bien et un joli millésime, malgré la peur, a l’air de se dessiner. Avec tous les collègues bio de la région : le constat est clair, nos raisins étaient sous la même pluie que les raisins chimiqués, mais les goûts de champignons et de pourris n’ont pas l’air de s’exprimer chez nous. Alors que l’INAO a exceptionnellement autorisé l’utilisation des charbons pour désodoriser les jus pourris, décidé d’augmenter la chaptalisation des raisins immatures et bientôt d’augmenter les doses maximales de soufre autorisées, nous, les bio, les marginaux, les nature voyons en ce millésime une vraie récompense du travail en culture biologique et biodynamique depuis des années et une maîtrise de petits rendements (30 hl/ha en 2006 chez nous, au lieu des 80 autorisés par l’AOC).

Et quand on regarde les statistiques, les millésimes où il a le plus plu et/ou fait chaud pendant les vendanges n’étaient-ils pas tous de grands millésimes : 1983, 1988, 1995 et 2003... Ne nous fions pas aux apparences, faisons confiance à la Nature et la vérité sera dans le verre dans quelques mois.


Nouvelles du Terrain, Bio, Biodynamie, AOC, Vin de Table... :


Alors que Papa, Joseph, n’a jamais arrêté de labourer ses vignes, ni épandu les boulettes bleues de Rhône Poulenc (engrais chimiques), le Domaine Audrey et Christian BINNER est passé en culture biologique depuis 2004, avec certification ECOCERT. Nous essayons aussi d’appliquer, dans la mesure des besoins qu’expriment les vignes et nos vins, les principes de la biodynamie, sans pour autant en faire un dogme. Cependant, dans nos incessants essais et recherches d’amélioration, 2006 a été la première année où certaines vignes ont été traitées uniquement avec des plantes (prêle, ortie, fénu grec...), sans produit classique même bio (tel le soufre et le cuivre...).

Un grand pas en avant, à l’heure où la réglementation européenne souhaite interdire la publication d’informations sur les bienfaits thérapeutiques des plantes, sous prétexte de non homologation des molécules (c’est quoi la molécule anti-mildiou de la prêle !!). C’est vrai que les molécules des désherbants sont homologuées, malgré les frais que cela demande, mais ceux-ci sont largement rentabilisées par les quantités de pesticides commercialisées.

Aussi en 2007, notre profession, crise viticole oblige, va subir de fortes mutations. L’INAO change, les décrets de toutes nos AOC seront réécrits. Et on assiste à un véritable bras de fer entre deux mondes utilisant aujourd’hui les AOC :
-  les industriels du vin, souhaitant déréglementer nos AOC (utilisation des copeaux de bois, irrigation des vignes, pratiques œnologiques nouvelles type aromatisation...), et ce afin de soi-disant baisser les coûts de production et reconquérir les marchés internationaux perdus,
-  et puis il y a les bio, les nature, les marginaux, les paysans, les authentiques, dont on reproche que l’offre en vins est trop compliquée (j’en suis un exemple évident !!), les vins au goût non uniforme, non standardisé, que l’on emploie trop de personnel, que nos vins ne sont pas typiques. Heureusement, grâce au soutien du consommateur, notre éthique de travail commence à porter ses fruits, et la création de plusieurs associations montre que nous ne sommes pas si marginaux (Association Sève : www.seve-vignerons.fr, Association des Vins Naturels : www.lesvinsnaturels.org, Pétition contre les Naufrageurs du Vin : www.contrelesnaufrageursduvin.org, Syndicats de Vignerons Bio et de Biodynamie...).

L’année 2007 s’annonce donc animée, où ces deux Mondes devront choisir leurs orientations, dans le même cadre, l’AOC, ou dans deux nouvelles catégories que chacun assumera, ce qui ferait le bonheur du consommateur, un peu paumé dans tout ça. De grandes discussions en perspective...